{"id":4730,"date":"2025-04-19T18:00:33","date_gmt":"2025-04-19T18:00:33","guid":{"rendered":"https:\/\/nador24.com\/?p=4730"},"modified":"2025-04-19T18:00:33","modified_gmt":"2025-04-19T18:00:33","slug":"bouydounane-une-allegorie-sociale-par-mimoun-ambsrid","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/nador24.com\/?p=4730","title":{"rendered":"Bouydounane : une all\u00e9gorie sociale \u2013 Par Mimoun Ambsrid"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/nador24.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/20250418_154808_1744991288491_AMSBRID-300x112.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"112\" class=\"alignnone size-medium wp-image-4731\" srcset=\"https:\/\/nador24.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/20250418_154808_1744991288491_AMSBRID-300x112.jpg 300w, https:\/\/nador24.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/20250418_154808_1744991288491_AMSBRID-768x287.jpg 768w, https:\/\/nador24.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/20250418_154808_1744991288491_AMSBRID.jpg 955w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><br \/>\nPar mimoun amsbrid<\/p>\n<p>Avec Bouydounane, sa derni\u00e8re s\u00e9rie diffus\u00e9e sur Tamazight TV, Mohamed Bouzaggou s\u2019impose une fois encore comme un ma\u00eetre de la narration all\u00e9gorique. \u00c0 travers des intrigues complexes et un univers dramatique d\u2019une rare densit\u00e9, il scrute les pathologies sociales du Maroc contemporain \u2014 corruption, crise des valeurs, d\u00e9racinement culturel \u2014 en les transposant dans des fictions aux ressorts profonds. Alliant critique sociale, exigence esth\u00e9tique et engagement amazigh, Bouzaggou signe une \u0153uvre qui interroge autant qu\u2019elle captive. Mimoun Amsbrid revient sur une s\u00e9rie port\u00e9e par une mise en sc\u00e8ne  de Tariq al Idrissi et un casting interg\u00e9n\u00e9rationnel habit\u00e9.<br \/>\nMohamed Bouzaggou, un faiseur d\u2019all\u00e9gories<br \/>\nS\u00e9rie apr\u00e8s s\u00e9rie, M. Bouzaggou s&#8217;affirme en tant que sp\u00e9cialiste \u00e8s construction d&#8217;all\u00e9gories sociales. Le sc\u00e9nariste se saisie de ph\u00e9nom\u00e8nes soci\u00e9taux (corruption, cupidit\u00e9, in\u00e9galit\u00e9 de genres, despotisme&#8230;) pour les m\u00e9tamorphoser en fictions \u00e0 dimensions all\u00e9goriques. Fictions o\u00f9 critique sociale et cr\u00e9ation de plaisir esth\u00e9tique vont de pair. <\/p>\n<p>Dans sa derni\u00e8re s\u00e9rie de trente \u00e9pisodes, intitul\u00e9e Bouydounane, (diffus\u00e9e par la 8), il donne libre cours \u00e0 son talent de constructeur d&#8217;objets s\u00e9mantiques d&#8217;une complexit\u00e9 d\u00e9moniaque. Cette complexit\u00e9 ne concerne pas que la structure de l&#8217;ouvrage, compos\u00e9 d&#8217;intrigues tous azimuts qui versent dans l&#8217;intrigue-m\u00e8re. La complexit\u00e9 formelle se veut mat\u00e9rialisation de la complexit\u00e9 de la condition humaine au sein d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 travaill\u00e9e par ses contradictions. Le Mal a sa traduction dans les maux qui gangr\u00e8nent le corps social. Les individus, eux, en sont les supports, les vecteurs (et souvent les victimes). Les carences dues aux manquements de l&#8217;Etat en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement fournissent un terreau fertile \u00e0 la traite des \u00eatres humains(mafias de l&#8217;\u00e9migration clandestine); l&#8217;absence de s\u00e9curit\u00e9 sociale et son corollaire l&#8217;impuissance devant la maladie d&#8217;une m\u00e8re pousse le fils, pourtant id\u00e9aliste, \u00e0 la compromission en vendant son \u00e2me \u00e0 un corrupteur dans l&#8217;espoir de sauver sa m\u00e8re d&#8217;une mort imminente; la crise des valeurs, provoqu\u00e9e par l&#8217;irruption brusque du mod\u00e8le consum\u00e9riste dans une soci\u00e9t\u00e9 qui n&#8217;en a pas les conditions \u00e9conomiques qui satisfassent l\u00e9galement les envies de consommation effr\u00e9n\u00e9e chez les individus engag\u00e9s dans cette voie, pousse ces derniers  \u00e0 faire dans les magouilles afin d\u2019assouvir lesdits envies ; la perte de l&#8217;identit\u00e9 culturelle, source de sens, projette les personnes dans un pragmatisme synonyme de cynisme \u2026 <\/p>\n<p>Au premier sens de l\u2019intrigue<br \/>\nMais attention ! Il n\u2019est pas question, dans cette s\u00e9rie, d&#8217;une \u00e9ni\u00e8me repr\u00e9sentation de l&#8217;\u00e9ternel combat entre le Bien et le Mal. Pas de place pour le manich\u00e9isme chez Bouzaggou. Aussi, m\u00eame les personnages les plus engag\u00e9s dans la lutte contre le Mal tel qu&#8217;il se manifeste via les maux sociaux sont travers\u00e9s par le doute&#8230; J&#8217;ai parl\u00e9 d&#8217;intrigues tous azimuts : le mot &#8220;intrigue&#8221; retrouve ici son sens premier selon le Robert : &#8220;Ensemble de combinaisons secr\u00e8tes et compliqu\u00e9es.&#8221; Dans cette s\u00e9rie tout le monde intrigue contre tout le monde. D&#8217;o\u00f9 le suspens g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. \u00c0 chacun sa v\u00e9rit\u00e9 qui \u00e9chappe aux autres et souvent \u00e0 lui-m\u00eame. La Corruption est repr\u00e9sent\u00e9e sous forme d&#8217;instance \u00e0 identit\u00e9s multiples, dont l\u2019effet ruisselle sur tous les personnages \u00e0 des degr\u00e9s divers. <\/p>\n<p>Le suspens n&#8217;est donc pas qu&#8217;un ressort dramatique dont le but est de maintenir la curiosit\u00e9 du spectateur. Il d\u00e9coule, au contraire, du champ des possibles dans une configuration de relations que seuls les int\u00e9r\u00eats contradictoires des uns et des autres d\u00e9terminent. Les uns en tant que meneurs de jeu, les autres en tant qu&#8217;adjuvants ou opposants, agents ou patients&#8230; <\/p>\n<p>Bouzaggou est un habitu\u00e9 de ces constructions all\u00e9goriques fond\u00e9es sur des entit\u00e9s arch\u00e9typales (WAF dans la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre qui porte le m\u00eame nom ; Maghridou dans une pr\u00e9c\u00e9dente s\u00e9rie&#8230;). Leur fonction est double : syntaxique ou compositionnelle (elles assurent la coh\u00e9sion de l&#8217;ensemble) et s\u00e9mantique (elles sont \u00e0 l&#8217;origine des enjeux autour desquels s&#8217;articulent les actions des personnages, qu\u2019elles soient pour ou contre.<\/p>\n<p>Un mot sur la langue du dialogue<br \/>\nLe lexique utilis\u00e9 est contamin\u00e9 par les langues de contact que sont l\u2019arabe et l\u2019espagnol. Ce choix semble r\u00e9pondre au principe de r\u00e9alisme linguistique. Aussi, les emprunts pratiqu\u00e9s dans le langage courant n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9lud\u00e9s ; les innovations lexicales ne sont convoqu\u00e9es que d\u2019une fa\u00e7on parcimonieuse. Cela \u00e9tant dit, la th\u00e9matique amazighe est bien pr\u00e9sente dans la s\u00e9rie. Il y est fait allusion de diverses mani\u00e8res : \u00e9vocations d\u2019auteurs d\u2019expression amazighe ; usage symbolique de tifinaghes\u2026 <\/p>\n<p>Une mise en sc\u00e8ne bluffante<br \/>\nL\u2019all\u00e9gorie sociale qu&#8217;est la s\u00e9rie Bouydounan est servi par une mise en sc\u00e8ne d\u2019une efficience extraordinaire, \u0153uvre d\u2019un Tariq al Idrissi pass\u00e9 ma\u00eetre dans son art. Ma\u00eetrise absolue du timing ; ing\u00e9niosit\u00e9 dans la distribution des sc\u00e8nes ; virtuosit\u00e9 dans la production d&#8217;effets de suspens ; rare savoir-faire dans l&#8217;am\u00e9nagement des situations g\u00e9n\u00e9ratives de surprises ; usage r\u00e9ussi du langage corporel des acteurs ; s\u00e9miotisation de l&#8217;espace\u2026<\/p>\n<p>Des acteurs \u00e0 la hauteur de la mission<br \/>\nLe sc\u00e9nario est pris en charge au niveau de l\u2019interpr\u00e9tation par une \u00e9quipe d\u2019acteurs convaincus et convaincants. Leur jeu donne l\u2019impression qu\u2019ils sont en mission : non seulement celle d\u2019interpr\u00e9ter leurs r\u00f4les r\u00e9ciproques avec le plus d\u2019implication et de naturel, mais aussi celle de participer \u00e0 un projet qui les englobe et les d\u00e9passe : celui d\u2019\u0153uvrer \u00e0 la consolidation d\u2019une culture de l\u2019image dont nous \u00e9tions, en tant qu\u2019amazighones, exclus. L\u2019aisance des anciens (les Aznabet, les Zanoun, les Mestiri, Noumidia) ; le professionnalisme de la g\u00e9n\u00e9ration interm\u00e9diaire (M. Soultana, N. Belgharbi, M. al Meknouzi, R. Amaatoug, Omar el Hemmouti, A. Zouagi, A. Abdellah, T. Chami, M. Bensaid, T. M\u00e2ach, A. Rochdi) ; la sinc\u00e9rit\u00e9 et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de la g\u00e9n\u00e9ration montante (Chaymaa Boutahri, Nadia Saidi, Adnan Rachdi) sont autant de facteurs qui ont contribu\u00e9 \u00e0 faire la r\u00e9ussite de la s\u00e9rie.(Que celles et ceux dont je n\u2019ai pas cit\u00e9 le nom ou class\u00e9 dans une cat\u00e9gorie non adapt\u00e9e me pardonnent). Comme dans les s\u00e9ries pr\u00e9c\u00e9dentes de M. Bouzaggou et celle des fr\u00e8res Abernous notamment, il s\u2019agit de vraies \u00e9coles d\u2019interpr\u00e9tation o\u00f9 de nouvelles recrues viennent se frotter aux savoir-faire des acteurs aguerris. Ce faisant, elles pallient l\u2019absence d\u2019instituts d\u2019art dramatiques dans l\u2019ensemble du Rif. <\/p>\n<p>Pour un d\u00e9cloisonnement de la cha\u00eene Tamazighte<br \/>\nLa qualit\u00e9 des \u0153uvres de fiction telles que Bouydounan, entre autres, devrait inciterles responsables de l\u2019audiovisuel \u00e0 les sortir du ghetto de l\u2019amazighit\u00e9 qu\u2019est la cha\u00eene Tamazighte pour \u00e9tendre leur audience, via le sous-titrage et\/ou le doublage, \u00e0 l\u2019ensemble des Marocains. C\u2019est en l\u2019ouvrant sur toutes ses expressions qu\u2019on sera \u00e0 m\u00eame de renforcer le tissu culturel marocain ; t\u00e2che \u00f4 combien urgente par ces temps d\u2019\u00e9garement. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par mimoun amsbrid Avec Bouydounane, sa derni\u00e8re s\u00e9rie diffus\u00e9e sur Tamazight TV, Mohamed Bouzaggou s\u2019impose une fois encore comme un ma\u00eetre de la narration all\u00e9gorique. \u00c0 travers des intrigues complexes et un univers dramatique d\u2019une rare densit\u00e9, il scrute les pathologies sociales du Maroc contemporain \u2014 corruption, crise des valeurs, d\u00e9racinement culturel \u2014 en les &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4732,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[43],"tags":[],"class_list":["post-4730","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-43"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/nador24.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4730","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/nador24.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/nador24.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nador24.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nador24.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4730"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/nador24.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4730\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4733,"href":"https:\/\/nador24.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4730\/revisions\/4733"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nador24.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4732"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/nador24.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4730"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/nador24.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4730"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/nador24.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4730"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}